La santé est du genre féminin parce qu’elle est fragile, a écrit Félix Leclerc. Ç’aurait pu être la beauté, la liberté, la vie…

Mais la haine? Le genre des mots n’a aucun sens.

La haine est une passion simple, brute, actuelle. L’une des plus anciennes, sans doute, et nullement menacée. Contrairement à d’autres passions, comme l’amour ou la philatélie, la haine ne meurt jamais. Elle ne déçoit pas davantage, car elle sait tenir ses promesses. Vous ne l’aimez peut-être pas mais elle, elle vous aime.

Si l’amour fait rêver–et permet donc d’accepter son sort–, la haine, au contraire, fait réagir et pousse à la rébellion. Elle pousse au changement. Elle est, en ce sens, un facteur d’évolution. Reste à savoir, bien sûr, si cette évolution est souhaitable…

L’homme est une machine à tuer mais, sans la haine, il serait resté algue bleue, mollusque ou cœlacanthe. C’est la haine qui fait de lui un animal social, puisqu’il ne s’associe pas pour jouir mais pour enfermer, exclure, détruire. Policé, il camoufle sa haine en indifférence, la dissimule derrière des chiffres : la mort d’un homme, c’est une tragédie; celle de plusieurs millions, c’est des statistiques. Joseph Djougachvili savait de quoi il parlait…

La haine est immense et tentaculaire. Elle s’applique à tous les champs de l’activité humaine–et, n’en déplaise aux amis des animaux, à tous les champs de l’activité animale. Elle mobilise des forces comme aucune autre passion ne sait le faire, elle ne s’essouffle pas, ne connaît pas de repos, ignore le ravage des ans. Elle fait et défait les empires, érige et abat les tours, frappe sans arrière-pensée. La haine peut être aveugle, froide, furieuse. Inventive. Elle a du potentiel. En détruisant, elle permet la renaissance. La haine est créative.

Enfin, la haine a du style. Pour peu qu’ils sachent la dompter, c’est une bénédiction pour les écrivains. Écrire sur la haine est une chose, bien sûr, mais écrire la haine en est une autre. C’était le défi proposé aux auteurs qui ont participé à ce numéro.

Laurent Chabin

Avec des textes de:

Mathieu Arsenault, Christine Barbeau, Joëlle Basso, Benoît Bouthillette, Laurent Chabin, Alain Deneault, Mélanie Gélinas, Philippe LAFortune, Léo Lamarche, Isabelle Lauzon, Monique Le Maner, Eileen Lohka, Roderick McGillis, Isabelle Millaire, Suzanne Myre, Charles-Antoine Régnier, Kiev Renaud, Ian Soliane, France Théorêt, Alain Ulysse Tremblay, Vaire Mine, Michel Vézina.

Lettre à un écrivain vivant:

Dominique Robert à René Lapierre.

numéro 125

La haine

Un numéro préparé par Laurent Chabin
ISBN: 978-2-89031-687-4, 10$